Nouvelles technologies et capacités cérébrales : perspectives

Les technologies font partie intégrante de notre quotidien. Avec l’évolution des supports, des outils de travail, et des espaces de communication, c’est le rapport au monde et les qualités nécessaires pour y évoluer correctement qui changent.

Parmi ces évolutions technologiques, Internet constitue bien sûr la plus répandue, et la plus susceptible donc d’avoir modifié nos comportements. L’accès presque infini aux contenus en ligne, les possibilités de communiquer quasiment instantanément sont susceptibles de bouleverser nos rapports à la connaissance.

Concentration, mémoire et facultés intellectuelles

Pour Kevin Kelly, ancien rédacteur en chef de Wired, les nouvelles technologies et particulièrement internet permettent de porter plus d’attention à des travaux plus complexes et plus importants qu’avant. Un écran sollicite non seulement les yeux mais aussi notre corps, comme les écrans tactiles sensibles à nos caresses ou la Wii. Les livres seraient adaptés aux esprits contemplatifs alors que les écrans encouragent une réflexion plus tournée vers l’utilitaire. « La lecture de livres renforce nos capacités d’analyse, nous encourageant à mener une observation jusqu’au pied de page. La lecture d’écran encourage la constitution rapide de schémas, associant telle idée à une autre, nous équipant pour faire face à des milliers de nouvelles pensées exprimées chaque jour.» Nous sommes actifs avec l’écran.

Pour Nicolas Carr, conférencier reconnu spécialiste des NTIC, l’usage d’Internet pénalise notre capacité de concertation et d’attention. Rendu célèbre par son article « Est-ce que Google nous rend idiots ?», Carr juge, d’après sa propre expérience, que l’usage de ces nouveaux outils internet diminue tout bonnement certaines de nos capacités intellectuelles. Sur une page internet notre cerveau réagit à l’information cherchée sans considérer les images intempestives comme les publicités. Nous balayons la page internet à la recherche de la pépite d’or perdant ainsi environ 25% de notre attention. Une perte qui pourrait s’expliquer par la profusion de lien hypertexte à sélectionner. Une lecture moins efficace certes mais y-a-t-il pour autant un réel danger d’abrutissement de notre mode de pensée ? Les preuves scientifiques manquent pour répondre à cette question.

Face à la profusion des technologies, la difficulté que rencontre notre cerveau est la capacité de mémorisation. Pour enregistrer des informations, notre cerveau a besoin d’un temps de repos pour intégrer une expérience. Selon une étude de chercheurs à San Francisco, quand les rats font de nouvelles expériences, comme l’exploration de nouveaux endroits, leur cerveau a recours à un nouveau schéma d’activité. Mais ces nouveaux schémas ne sont réellement intégrés que lorsque les rats arrêtent toute exploration. Ils peuvent alors en intégrer le souvenir. Sans le temps de repos, les souvenirs n’ont pas le temps de s’installer sur le long terme. Par« repos », nous entendons, un changement radical d’activité et d’environnement. Certes le cerveau est inactif devant « La Nouvelle Star » mais il sera plus friand de promenades en campagne. De même qu’un jogging sera plus bénéfique en route de campagne que dans la jungle urbaine avant de passer un examen.

 

Conséquence sur notre comportement :

D’après Nicholas A. Christakis, médecin et spécialiste en sciences sociales, les nouvelles techniques n’influencent en rien notre esprit ou notre cerveau. Même si les logiciels sont plus complexes, internet n’est pas différent des autres technologies d’amélioration du cerveau comme le livre ou le téléphone. Pour lui il est plus correct d’affirmer que « notre réflexion a donné naissance à l’internet et que l’internet a donné naissance à notre réflexion ».En partant de l’hypothèse du « cerveau social », il affirme que le cerveau n’oublie pas les anciens schémas mais y superposent les nouveaux afin de comprendre les relations de la représentation du monde qu’il perçoit.

Pour le professeur Clay Shirky, les technologies sont autant le support de l’expansion de l’information que la cause de distraction constante. Néanmoins il est trop tôt pour s’assurer des changements profonds que les technologies ont sur notre comportement.

Mais les nouvelles technologies ont également un effet sur les rapports sociaux dans la construction du réel. Le professeur Yochaï Benkler, auteur de « Puissance des réseaux », estime le rôle de la conversation comme déterminant dans la perception de notre environnement. Il s’est donc focalisé sur la façon dont internet change la façon dont on pense le monde. Internet nous connecte plus facilement à plusieurs personnes ce qui permet d’accéder à des niveaux de proximité selon des critères géographiques ou sociaux. Le phénomène de la mondialisation n’a pas éloigné les personnes. Internet est un moyen de préserver l’instantanéité et la proximité avec des gens que nous connaissons ou non. Cette transformation sociale permet de nous « brancher » à des conversations autres que celles qui nous paraissent évidentes. Les forums comme Doctissimo sont un réceptacle de conversation de sujets allant de l’intime à l’actualité qui rassure l’internaute. “Penser avec ces nouvelles capacités nécessite à la fois un nouveau type d’ouverture d’esprit, et une nouvelle forme de scepticisme”, conclut le professeur.

 

SOURCES

  • Nicolas Carr, “The Shallows: What the Internet Is Doing to Our Brains”, W. W. Norton, 2010
  • N.A. Christakis and J.H. Fowler, Connected: “The Surprising Power of Our Social Networks and How They Shape Our Lives”, New York, Little, Brown and Company, 2009
  • Yochaï Benkler : “The Wealth of Networks: How Social Production Transforms Markets and Freedom”, Yale University Press, 2006

 

— Ecrit par IDPI

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  • ursule

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