Economies d’énergies dans le bâtiment : des solutions efficaces et simples à mettre en œuvre existent

Le 29 novembre dernier débutait officiellement le « grand débat national sur la transition énergétique » souhaité par le président de la République et initié par la Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie Delphine Batho, à l’occasion de la conférence environnementale pour la transition écologique qui s’était tenue en septembre. À la veille du lancement, au mois de février, de sa seconde phase consacrée à la participation des acteurs et du grand public, les cinq fédérations* regroupées au sein de la filière Eco-électrique ont publié un Merit Order détaillant de nouvelles pistes de réflexion sur le thème de l’Efficacité énergétique.

Une réponse à la crise de l’énergie

La réflexion autour de la question de l’efficacité énergétique prend ses racines dans un double constat : une forte tension due à la croissance toujours importante de la consommation d’énergie (portée au niveau mondial par les pays émergeants) mais aussi, – et surtout en concomitance avec – une hausse quasi ininterrompue des tarifs de l’énergie (due au différentiel de croissance entre la demande et la production d’énergie, mais aussi à la raréfaction des ressources).

Parallèlement, la conjoncture économique pèse sur les budgets tant du secteur public que privé, et sur les ménages, poussant de nombreux acteurs à trouver des postes de réduction de dépense. À titre d’exemple, la part du budget des ménages consacrée aux dépenses énergétiques est en moyenne de 8,4%, selon les chiffres de l’INSEE. Au sein de cet « effort énergétique », deux postes de dépense revêtent une importance particulière : le transport et le bâtiment (logement pour les ménages). C’est à ce second que nous allons nous allons nous intéresser ici. Déjà, lors du Grenelle Environnement, et dans la loi de programme qui en avait découlé, le secteur du bâtiment avait été identifié en France comme celui « qui consomme plus de 40 % de l’énergie finale et contribue pour près du quart aux émissions nationales de gaz à effet de serre [et qui] représente le principal gisement d’économies d’énergie exploitable immédiatement ».

Un outil de maîtrise de la demande en énergie

L’efficacité énergétique peut se définir comme le rendement de conversion de l’énergie finale en énergie utile, soit le ratio entre un service et la quantité d’énergie utilisée pour le produire (LOVINS, 2004). L’efficacité énergétique est donc une caractéristique propre à chaque appareil ou technologie utilisant de l’énergie. Plus sa valeur est grande, moins l’appareil en question consomme en comparaison d’équipement fournissant un service équivalent, répondant à l’adage « l’énergie la moins chère et la plus verte est celle qui n’est pas consommée ». Pour la France, la filière Eco-électrique estime le potentiel d’économie de 13 à 20 milliards d’euros annuels, dans le bâtiment tertiaire et résidentiel. Ces calculs prennent en compte les économies potentielles actuelles ; de nouvelles avancées technologiques pourront certainement permettre de revoir ces ambitions à la hausse.

Il existe trois approches principales à la question de l’efficacité énergétique du bâti. Une première dite « technique » est axée sur le rendement énergétique des appareils et la conception d’équipements performants. On agit donc directement sur la performance des appareils, recherchant des économies à service constant.

Une seconde approche, dite thermique ou « passive », est axée sur l’enveloppe du bâtiment et son isolation. Elle a donc un impact indirect sur l’efficacité énergétique en agissant sur la structure du bâtiment et non-pas sur la sobriété des équipements (ce qui modifie le ratio et donc l’efficacité énergétique telle que définie par LOVINS).

Enfin, une dernière approche se concentre sur le pilotage de l’ensemble des consommations énergétiques d’un bâtiment. Appelée « efficacité énergétique active », elle vise à agir directement sur le niveau des consommations, de façon à le moduler en fonction des besoins. Cette approche recoupe donc le concept de sobriété énergétique, tel que définis par différents auteurs (SALOMON et Al., 2005 ; ALCOTT, 2008 ; HERRING, 2009), qui consiste en une modification de l’usage des biens pour l’orienter vers une diminution absolue de la consommation d’énergie. La distinction entre l’amélioration de l’efficacité énergétique au sens strict et la sobriété énergétique peut être résumée dans une simple figure proposée par GIRAUDET (fig. 1 ci-dessous). Modifier l’efficacité énergétique correspond ici à un déplacement le long de la courbe d’utilité arbitrant entre la quantité de service énergétique voulue (Biens d’efficacité énergétique) et la quantité d’énergie consentie à être consommée pour y parvenir (Energie). La sobriété énergétique, en revanche, correspond à un déplacement de la courbe d’utilité elle-même vers un niveau inférieur de consommation d’énergie.

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Figure 1 : Arbitrage microéconomique entre les consommations d’énergie et de biens d’efficacité énergétique, in GIRAUDET, « Les instruments économiques de maîtrise de l’énergie : Une évaluation multidimensionnelle »

Effet rebond et efficacité avérée

Cette distinction entre efficacité et sobriété permet d’identifier des caractéristiques spécifiques en termes d’efficacité énergétique dite « active ». Tout d’abord, le fait d’agir directement sur le niveau du service, en l’optimisant en fonction des besoins (mécanismes de gestion du chauffage et éclairage en fonction de l’occupation des locaux par exemple), permet d’éviter une bonne partie – si ce n’est la totalité – de l’effet de rebond identifié de la consommation. Elément classique de l’étude des arbitrages de consommation, cet effet correspond dans le domaine énergétique à une amélioration du service consécutive à une hausse de l’efficacité énergétique et donc à un déplacement de la contrainte budgétaire. En d’autres termes, un consommateur face à une efficacité énergétique accrue se trouve devant un choix d’arbitrage :

  • Maintenir son niveau de service à ce qu’il était avant cette amélioration et réaliser des économies en termes de quantité d’énergie consommée…
  • … ou augmenter son niveau de service tout en conservant la même quantité d’énergie consommée, et ainsi réaliser des économies virtuelles sur la quantité d’énergie qui aurait été consommée

C’est ce second choix qui correspond à l’effet de rebond, c’est-à-dire à une modification du comportement du consommateur due à un manque d’attention ou une certaine inertie (McKinsey Global Energy and Materials, 2009). Or, dans le cas de l’efficacité énergétique active, l’action se trouve portée sur le niveau de service énergétique consommé, ce qui permet d’atténuer très fortement l’impact de cet effet de rebond. Cette importance jouée par le comportement des consommateurs dans l’impact des mesures et solutions d’efficacité énergétique constitue une des « barrières » à l’efficacité énergétique (GIRAUDET ; McKINSEY) qui participent du « paradoxe de l’efficacité énergétique » (JAFFE et STAVINS, 1994). Ce paradoxe met en exergue la différence de situation que l’on peut observer entre les évolutions théoriques de la consommation en cas de modification de l’efficacité et les mesures réelles. Il est principalement dû au fait que l’analyse de la maîtrise de l’énergie a priori est purement économique et n’inclue donc pas les déterminants comportementaux.

Le saut de haie de l’efficacité énergétique active

Parmi les autres barrières à l’exploitation du gisement de l’efficacité énergétique identifiées dans le rapport de McKinsey, on peut relever la difficile vérification et mesure de l’énergie non consommée du fait de la mise en place de mesures d’efficacité énergétique par rapport à une consommation classique. Le rapport insiste sur le besoin d’une mesure « effective » des effets afin de témoigner de la réussite des objectifs fixés. Or, par sa nature même, l’efficacité énergétique active répond à ce type de problématique. En effet, la mise en place des systèmes de pilotage a lieu nécessairement à la suite d’un audit du bâtiment concerné, audit qui permet de déterminer la situation d’origine. Une fois les équipements « intelligents » installés, ils permettent également un suivi continu de la consommation et des performances de la structure.

D’autre part, le rapport de McKinsey met le doigt sur une particularité du « gisement » de l’efficacité énergétique qui rend son exploitation parfois complexe : son potentiel est très largement fragmenté. En d’autres termes, les économies  sont massives à l’échelle globales mais dispersées de telle sorte que : « This dispersion ensures that efficiency is the highest priority for virtually no one » (Executive summary, p. 9). Les solutions proposées aujourd’hui permettent de relativiser cette barrière. En effet, un des principes essentiels des nouvelles approches est celui de la flexibilité, à la fois dans la gestion de la consommation mais également dans l’adaptation des solutions en fonction des bâtiments  (à l’intérieur même des bâtiments, il est pertinent de segmenter les espaces suivant leur utilisation) et des situations de chaque consommateur. Ainsi, cette méthode permet des actions ciblées dépassant la barrière de la fragmentation du gisement.

Le dernier point stratégique est celui du financement d’investissements souvent jugés trop importants ou longs à amortir. Les solutions de l’efficacité énergétique active ne nécessitent cependant qu’un investissement de départ limité en comparaison de la plupart des autres filières, et dont l’amortissement sera d’autant plus rapide (estimé à 7 ans en moyenne). Certains bâtiments se prêtent particulièrement à ce type de technologies, notamment les locaux de bureaux et les écoles, où l’activité est prévisible et modulable finement (horaires, salles inutilisées, périodes de vacances..).

Pour en savoir plus :

Le Merit-Order de la filière éco-électrique
Le rapport McKinsey sur l’efficacité énergétique aux Etats-Unis

* La filière éco-électrique regroupe cinq fédérations et syndicats qui constituent un bloc de compétences allant de la recherche appliquée jusqu’à l’intégration, l’installation l’exploitation et la maintenance de solutions chez le consommateur final, en passant par la fabrication industrielle et la distribution spécialisée.

  • La FFIE : Fédération française des entreprises de génie électrique et énergétique
  • La FGME : Fédération des grossistes en matériel électrique, dont Rexel est membre
  • Le Gimélec: rassemble des entreprises qui fournissent des solutions électriques et d’automatisme sur les marchés de l’énergie
  • L’IGNES : Industries du génie numérique, énergétique et sécuritaire
  • Le SERCE : Syndicat des entreprises de génie climatique et électrique
— Ecrit par IDPI

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