L’Afrique : perspectives pour 2050

En 2050 les Africains constitueront 22% de la population mondiale. Continent perpétuellement considéré comme « sous-développé », l’Afrique en 2050 devra avoir fait face et surmonté les enjeux d’aujourd’hui : urbanisation galopante, défi pour la transition démocratique, défi alimentaire, et décollage économique.

Explosion démographique et urbanisation à marche forcée

02_carte2050La population urbaine africaine[1] a été multipliée par plus de 10 entre 1950 et aujourd’hui soit une hausse de 33 à 373 millions. En 2050 63% des habitants seront citadins. De même que l’Inde et l’Asie, dont la population urbaine doublera. Pour Philip Golub[2], l’urbanisation extensive des régions pauvres va marquer les modes de vie de l’humanité. Les migrations engendreront une nouvelle répartition sociale et modifieront la logique de la ville. Aujourd’hui déjà, l’urbanisation en Afrique aboutit à la formation d’immenses conurbations, en croissance spatiale et démographique constante. Au sein de ces zones urbaines se mêlent quartiers riches, et secteurs économiquement délaissés. Les métropoles telles que Lagos(Niger) et Dakar (Sénégal) doivent gérer un chômage de masse, des bidonvilles, et des problèmes écologiques. Deux grandes stratégies sont envisageables pour endiguer cette évolution démographique : le développement de services en milieu rural ou la diversification des flux de population vers des villes moyennes. Pour l’instant les migrations semblent peu réactives aux mesures politiques.

A la recherche de la démocratie africaine en 2050

Quelle compatibilité trouver entre les idéaux démocratiques de la société internationale et la possibilité de concrétisation de cette transition démocratique en Afrique ? La transition démocratique est une modalité de changement politique, c’est-à-dire le passage des systèmes de partis uniques au pluralisme politique organisé par les règles de l’Etat de droit. La globalisation politique des années 1990 et 2000, après la chute du Mur de Berlin, laisse pour seul modèle la voie électorale et démocratique comme seule ressource de légitimité du pouvoir. Les élections sont les enjeux politiques majeurs pour organiser l’Afrique politique de demain. Avec une limite souvent manifeste en Afrique : la nécessité bien comprise des chefs d’Etat de se parer des apparences démocratiques, tout en en contournant les règles et l’esprit, notamment par l’usage de violences politiques, des manipulations de dispositifs constitutionnel et juridique, la clientélisation massive et la prise de contrôle de sites de politisation (presse, ONG). La transition démocratique doit faire face à la recomposition des autoritarismes africains et à une permanence de pesanteurs socioculturelles et de contraintes géoéconomiques qui obstruent l’horizon de l’idéal démocratique libéral[3]. L’enjeu pour l’Afrique de 2050 sera de trouver des modèles démocratiques stables et compatible avec les structures socioculturelles des états africains.

Le défi alimentaire

Avec l’urbanisation et la croissance démographique, l’agriculture sera un des enjeux dans les années à venir. Comment nourrir cette population ? “Le grand potentiel de l’agriculture en Afrique subsaharienne est une bonne nouvelle: l’agriculture est le pivot de la croissance globale pour la majorité des pays dans la région et est essentielle pour la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire”, souligne le Sous-Directeur général de la FAO, M. Hafez Ghanem[4]. Les avancées technologiques telles que la nouvelle variété de riz NERICA (New Rice for Africa) résistante à la sécheresse ont également contribué à accroître la production dans la région. D’ici 2050 l’Afrique doit tripler sa production pour subvenir à ses besoins. La sécurité alimentaire passera par un choix cornélien entre modèles de production : entre maintien d’une agriculture locale de petits producteurs, ciment de l’autonomie alimentaire africaine et colonne vertébrale de l’organisation sociale de nombreuses sociétés africaines, et optique productiviste sur le modèle de la Révolution Verte indienne, il faudra choisir. Déjà surexploités, et appauvris par l’usage de pesticides et OGM les sols africains devront voir leur production tripler pour nourrir l’accroissement de population. Une nécessité impérative, à laquelle certains pensent réponde par l’usage de techniques « durables » et bio préservant à la fois la qualité des sols et la productivité alimentaire[5].

La quantité d’eau disponible pour chaque individu dans la moitié des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord aura diminué de moitié d’ici 2050. Le secteur agricole, premier utilisateur d’eau, doit entreprendre des réformes. L’Onu travaille sur un projet de création d’un fond de 100 milliards de dollars annuels d’ici 2020 pour aider les pays touchés par le changement climatique. L’Afrique de l’Ouest avec les villes de Lagos et Cotonou (Bénin) vont devoir faire face à la pénurie d’eau. Les autres continents ne seront pas épargnés : Manille, Pékin, Téhéran doivent anticiper la pénurie de l’or bleu. La marchandisation croissante de l’eau en Afrique, et l’inefficacité des réseaux de production et de distribution d’eau risquent de constituer un enjeu fondamental dans les années à venir. Sylvy Jaglin, professeur à l’Institut de géographie et d’aménagement régional de l’université de Nantes, a analysé ces difficultés et les répondes et adaptations des usagers et gestionnaires des réseaux[6].

Concilier respect de l’environnement et exigences économiques

En 2050 l’équilibre économique mondial aura changé. La Chine sera devenue en 2025 la première puissance économique mondiale. Les pays émergents afficheront sur cette période une croissance très rapide. On prévoit par exemple une croissance de 9,8% par an entre 2007 et 2050 pour le Vietnam, tandis que les pays du G7 plafonneraient à 2%[7]. Les pays en développement « rejoignent » les pays industrialisés en termes de technologies et de productivité, tirant bénéfice de leur position d’exportateur pour nourrir leur croissance. Mais l’Afrique pourrait connaître une limite à ce développement : la maladie. Avec seulement 12% de la population mondiale, le continent africain enregistre 2/3 des maladies infectieuses, la mortalité infantile est disproportionnée et liée à 90% au le paludisme, le VIH/Sida et les maladies opportunistes liées au Sida. 500 00 enfants naissent avec le Sida tous les ans. L’amélioration de la situation sanitaire africaine constituera, comme aujourd’hui, un des défis fondamentaux des prochaines décennies.

Selon une étude menée par l’Agence Française de développement et la Banque Africaine de développement l’Afrique consomme peu d’énergie, les populations doivent se contenter d’équipements moins performants pour la cuisine et le transport[8]. Mais du fait de son climat l’Afrique aura de plus en plus besoin de climatisation, source de consommation d’électricité importante. Les bâtiments modernes pour les populations favorisées dans les villes sont inadaptés à la chaleur car fondées sur une utilisation de la climatisation conçue alors que l’énergie était bon marché. L’efficacité énergétique reste absente des politiques nationales.

Quelques rares projets sont financés dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre[9]. Les programmes d’amélioration d’efficacité énergétique se concentrent sur quelques secteurs : l’utilisation du bois de feu, la construction neuve pour les bâtiments publics avec l’ADEME(Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), la diffusion de lampes basse consommation en partenariat avec les compagnies électriques.

Il est difficile d’imaginer l’Afrique en 2050. Les évolutions du contient sur les prochaines décennies dépendront de sa capacité à répondre à des défis qui se posent dès aujourd’hui.


[1] Des cités Etats à la ville globale,Le monde diplomatique, Philip Golub http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/GOLUB/19008

[2] Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII et journaliste.

[3] Francis Akindès,Professeur de Sociologie Université de Bouaké, Côte d’Ivoire http://democratie.francophonie.org/IMG/pdf/1594.pdf

[4] 2050-Le défi alimentaire de l’Afrique, espace presse de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture http://www.fao.org/news/story/fr/item/35770/icode/

[5] L’Afrique doit innover bio pour mieux nourri ses enfants, Isolda Agazzi, Swissinfo http://www.swissinfo.ch/fre/societe/L_Afrique_doit_innover_bio_pour_nourrir_ses_enfants.html?cid=8848740

[6] La participation au service du néolibéralisme ? Les usagers dans les services d’eau en Afrique subsaharienne, Sylvy Jaglin (2005)

[7] http://www.reussirbusiness.com/11036-AFRIQUE-Vision-2050-Perspectives.html, AFRIQUE : Vision 2050 – Perspectives potentiellement favorables pour l’Afrique ?, « Réussir. Le magazine du business », octobre 2010

[8] http://www.energy-for-africa.fr/files/file/study/l-energie-en-afrique-a-l-horizon-2050.pdf L’énergie en Afrique à l’horizon 2050, étude de l’Agence Française de développement et de la Banque Africiane de développement, décembre 2009

[9] http://unfccc.int/portal_francophone/essential_background/feeling_the_heat/items/3297.php site de United Nations Framework Convention on Climate Change

Sources :

– Des cités Etats à la ville globale,Le monde diplomatique, Philip Golub http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/GOLUB/19008

– 2050-Le défi alimentaire de l’Afrique, espace presse de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture http://www.fao.org/news/story/fr/item/35770/icode/

– L’Afrique doit innover bio pour mieux nourri ses enfants, Isolda Agazzi, Swissinfo http://www.swissinfo.ch/fre/societe/L_Afrique_doit_innover_bio_pour_nourrir_ses_enfants.html?cid=8848740

– Les Afriques dans le monde-Centre d’études et de recherches pluridisciplinaires et comparatistes-Projet scientifiqueAxe 1— Gouvernance, institutions, représentation Responsables : Céline THIRIOT (IEP), Frédéric LE MARCIS(Université Bordeaux 2)

– Les transitions démocratiques à l’épreuve des faits-Réflexions à partir des expériences des pays d’Afrique noire francophone http://www.cean.sciencespobordeaux.fr/axe1.pdf

– Francis Akindès,Professeur de Sociologie Université de Bouaké, Côte d’Ivoire http://democratie.francophonie.org/IMG/pdf/1594.pdf

– La participation au service du néolibéralisme ? Les usagers dans les services d’eau en Afrique subsaharienne, Sylvy Jaglin (2005)

– http://www.reussirbusiness.com/11036-AFRIQUE-Vision-2050-Perspectives.html, AFRIQUE : Vision 2050 – Perspectives potentiellement favorables pour l’Afrique ?, « Réussir. Le magazine du business », octobre 2010

– http://www.energy-for-africa.fr/files/file/study/l-energie-en-afrique-a-l-horizon-2050.pdf L’énergie en Afrique à l’horizon 2050, étude de l’Agence Française de développement et de la Banque Africiane de développement, décembre 2009

– http://unfccc.int/portal_francophone/essential_background/feeling_the_heat/items/3297.php site de United Nations Framework Convention on Climate Change

— Ecrit par IDPI

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  • licourt

    Pour autant, laquestion de l’urbanisation me semble sous évaluée dans ce papier : c’est peut-être le challenge le plus important