La situation déplorable des migrants en Libye

Le territoire Libyen est le théâtre d’affrontements, de violence et d’instabilité politique. Il y abrite également des agissements plus sombres notamment en ce qui concerne la traite inhumaine des migrants.

Situation actuelle de la Libye

Mettant fin à une dictature de 42 ans, la Libye se trouve aujourd’hui dans une phase de transition très difficile. En effet, depuis la chute de Mouammar Kadhafi, c’est un pays morcelé où la violence et les affrontements n’ont jamais cessé. Victime d’une insécurité persistante, d’une économie en lambeaux et de rivalités politiques incessantes, les affrontements entre les forces pro-gouvernementales et les rebelles se multiplient. La situation sécuritaire et humanitaire est désastreuse. Cette instabilité favorise le développement et l’installation de groupes terroristes et criminels. Aujourd’hui la Libye est devenue une plaque tournante de trafics d’armes et d’êtres humains impliquant tous les migrants qui passent par Tripoli.

Migrants en Libye : double pénitence

Beaucoup de migrants subsahariens passent par Sabha, Misrata, Sabratha ou Tripoli pour atteindre les côtes italiennes. Mais la Libye n’est qu’un pays de transit pour ces migrants, le but est d’y passer le moins de temps possible. Pourtant, la majorité se retrouvent bloqués, emprisonnés. Au même titre que la crise politique et sécuritaire national, les réfugiés font partis des dommages collatéraux. Les migrants sont fréquemment violentés, les femmes sont violées ou forcées à la prostitution. Ils sont considérés comme de la matière première et réduits à l’esclavage. Globalement, les migrants sont détenus par des groupes armés libyens. Ensuite, ces groupes demandent des rançons aux familles. Si les rançons sont payer, le migrant est libre. Si la rançon n’est pas payer c’est une autre échappatoire… Et cette situation peut se reproduire autant de fois que le migrant se fera arrêter par ces milices. Un cauchemar sans fin.

Joanne Liu, présidente de Médecins Sans Frontières, déclare lors de son 
retour de Libye : « Des centres de détention où les gens sont retenus par 
la force, dans des conditions insalubres, les uns sur les autres et où ils 
sont régulièrement soumis à de la violence arbitraire, de la violence 
gratuite. On parle de maltraitance mais on parle aussi de tortures et de 
viols. »

Les politiques européennes complices malgré elles ?

Même avant les nouvelles politiques de l’Italie, les conditions pour ceux qui tentaient de traverser la Libye étaient tout simplement horribles, beaucoup se retrouvant emprisonnés et extorqués en cours de route. Depuis son entrée en fonction, le ministre de l’Intérieur italien, Marco Minniti, n’a cessé de travailler pour arrêter le flux de migrants sur le sol italien. Il a multiplié les rencontres notamment avec de nombreux dirigeants locaux, chefs de tribus et d’autres « personnalité » en Libye. Dans le but de s’aider et de d’écouter mutuellement.

Mais en même temps que les autorités italiennes enregistrent une baisse du nombre d’arrivée des migrants sur leur sol, le nombre de migrants détenus dans des entrepôts insalubres ne cessent d’augmenter. Le ralentissement de ces arrivés sur le sol européen, n’est pas significatif : les personnes n’ont pas renoncé à l’émigration clandestine mais elles restent bloquées en Libye dans des conditions effroyables.

Leur situation a alors pris une tournure radicale lorsque la route maritime vers l’Italie s’est brusquement fermée mi-juillet. De plus, l’Italie et l’Union européenne ont commencé à former et équiper la garde côtière libyenne pour arrêter les bateaux de migrants et renvoyer les gens en Libye avant qu’ils n’atteignent les eaux internationales. Des décisions politiques qui ont de graves répercussions sur la traite des êtres humains et qui aggravent la situation des migrants dans ce pays, où ils voient leur chance de le fuir s’amoindrir.

"Ce que nous examinons est une situation où les efforts de l'UE pour 
arrêter les bateaux signifie que de plus en plus de personnes sont 
piégées dans des abus horribles", a déclaré Judith Sunderland, directrice 
adjointe de HRW pour l'Europe et l'Asie centrale. 

 

Intervention de l’ONU, facilement critiquable…

C’est une première, l’agence des nations unies pour les réfugiés (HCR) a exfiltré des réfugiés africains vers le Niger pour les tirer de la situation chaotique libyenne. Un groupe de 25 migrants originaires d’Érythrée, d’Éthiopie et du Soudan est concerné par le dispositif. Ils seront tous hébergés dans une maison à Niamey, la capitale nigérienne, le temps que leurs demandes de réinstallation soient examinées.

Une opération rendue possible grâce à des accords signés entre les autorités libyennes er nigériennes. Cette opération, est une première et devrait être reconduite. En effet, l’agence des nations unies pour les réfugiés espère effectuer plus d’évacuations.

« Il est clairement nécessaire de créer davantage de moyens réguliers 
et sûrs afin de permettre aux réfugiés de trouver la sécurité et la 
protection internationale, et de s'attaquer aux causes profondes du 
déplacement des réfugiés », a souligné l'Envoyé spécial du HCR.

Malheureusement on ne peut pas se réjouir entièrement pour cette action, tellement minime, face à la situation catastrophique. L’opération effectuée est un bon début, mais elle n’est pas la hauteur des moyens de l’ONU, qui avec plus de volonté pourrait mettre en place plus de mesures en faveur des migrants. Leur ampleur reste limitée « tant que les engagements en termes de réinstallation resteront insuffisants ». Ces mesures doivent être accompagnés de politiques nationales, régionales et internationales adaptées.

 

— Ecrit par IDPI

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