Le “bio art” : l’exploration des limites

Avec le “bio art”, c’est une nouvelle évolution importante qui touche le secteur. L’art perd de sa permanence pour retrouver l’échelle temps de notre vie d’humain. Il est mobile, il s’accorde à notre rythme de vie pour tenter de connaître ce qu’est l’humain et ce qu’il fait aujourd’hui de sa vie. Le recours à la science dans l’art n’est certes pas nouveau, mais ce qui l’est c’est le fait que les artistes retranchent les limites légales de la pratique de la science pour exprimer artistiquement leur univers.

Détourner le monde du vivant ou…

L’art de la table fait grande fête à la thématique du bio. Des petites épiceries du terroir au label généralisé, l’art culinaire requiert un art de vivre des bonnes choses. Les plats cuisinés sont des espaces esthétiques qui suivent le courant bio du moment. Argument commercial ou réelle implication environnementale, le principe est de préserver l’authenticité des saveurs tout en respectant la planète. Une façon aussi de préserver sa santé[1].

Le recyclage est porteur également du bio art. Créée en 2003 l’Association Art Bio[2] promeut le recyclage des déchets ménagers et favorise les échanges en faveur du recyclage. Donner à vos déchets un esprit créatif et participez indirectement à l‘élaboration d’une œuvre d’art. Que ce soit dans la création à partir de matériaux (photographie, sculpture) ou comme inspiration pour une chanson les artistes ouvrent leurs ateliers au grand public. L’art bio de son côté promeut la lombriculture, c’est-à-dire le développement intensif de vers de terre qui permet de transformer les déchets de cuisine en un compost de qualité et de produire un engrais organique naturel.

Un nouveau mode de pensée

Lionel Salem[3], chimiste français, recentre le bio-art par une analyse spécifique des termes. La technologie est un discours sur la science, les bio-techno-logie est un discours sur les sciences de la vie. Le bio-art est lui aussi un discours sur la vie qui repose sur la production d’une œuvre. L’art qu’on opposait à la nature pose désormais avec le bio art la question de la limite entre le vivant et l’artifice. Les artistes du bio art sont aujourd’hui capables de créer des réalités dans leurs laboratoires pour exprimer une critique face à la valeur importante donnée au contrôle biologique du vivant.

Suzanne Anker estime que les artistes n’ont pas à intervenir dans les « mécanisme de la vie ». L’artiste produit des idées à partir de la production d’image et de métaphores tout en trouvant des techniques d’amélioration de la représentation. Suzanne Anker après s’être intéressée à l’esthétique des chromosomes se résigne à la pensée que le bio art s’achèvera comme le body art ; vidéos et photos feront persister un art qui tend à devenir éphémère : « les valeurs culturelles sont créés par des icônes »[4] déclare Suzanne Anker.

…illustrer les angoisses du monde humain

« Comme au moins une espèce menacée disparaît tous les jours, je suggère que les artistes contribuent à accroître la biodiversité en inventant de nouvelles formes de vie. »[5]. Voici donc la solution selon Eduardo Kac à la disparition massive des espèces : allier au génome d’une lapine un gène de méduse qui la rend verte fluorescente sous les UV. Crée en 2000, Alba a suscité nombres controverses. Bio-hacker de l’extrême, il compte produire un chien qui possèdera le gène de la fameuse protéine fluorescente dans son ADN. Sans doute l’objectif est de provoquer un débat sur le statut de l’animal transgénique en tant qu’objet de laboratoire. Dans le même temps, il interroge le statut de l’œuvre et de la création de l’artiste : un être vivant peut-il être une œuvre d’art ? Un artiste a-t-il des droits d’auteur sur un être vivant ?

Les plastinations de Von Hagens s’inscrivent dans la filiation directe des travaux de la Renaissance qui mêlent science et art. Autoriser la dissection permet d’amplifier les connaissances humaines, mais aujourd’hui on se questionne sur le sens de l’exposition de cadavres dans un musée. « Le monde des corps » de Günther Von Hagens dérange[6]. L’artiste se défend : « Je désire parvenir à une présentation parfaite destinée à faire comprendre combien nous sommes des êtres fragiles ». Les corps sont de provenance floue – certains seraient des condamnés à morts chinois – mais surtout quel est leur statut ? Exposer un corps est-ce éthiquement possible ? De Tokyo à Bâle en passant par Paris, 7 millions de visiteurs vont contempler leurs congénères siliconés. Von Hagens fort de son succès a reçu 121 corps et 4000 promesses de dons de personnes qui espèrent sans doute parvenir à l’immortalité.

D’après Valérie Sebag, juriste et maître de conférences à Paris XII, l’exposition destinée au grand public n’est pas interdite dans les textes. « Elle contredit certainement l’esprit du droit français, qui n’admet d’intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement spécifique ». . L’article 16-1-1 du code civil prévoit que « Le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort ». Selon la loi le cadavre n’est plus une personne mais il reste tout de même protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu’il a incarné.


[1] http://www.art-et-bio.com/

 

[2] http://www.tripandtrip.com/

[3] http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=1342 La science dans l’art, Lionel Salem.Jacob, 2000

[4] http://www.arte.tv/fr/Art-biotech/796142.html

[5] Le guide des chimères, Libération, lundi 9 juin 2008

[6] http://www.artezia.net/art-graphisme/art/vonhagens/vonhagens.htm

SOURCES

http://www.art-et-bio.com/

http://www.tripandtrip.com/

http://www.pointsdactu.org/article.php3?id_article=1342 La science dans l’art, Lionel Salem.Jacob, 2000

http://www.artezia.net/art-graphisme/art/vonhagens/vonhagens.htm Artezia : culture web média- « Le monde des corps du professeur Gunther Von Hagens

— Ecrit par IDPI

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