Neutral parenting et question du “gender”

Alors que les médias et l’opinion se déchainent en cette rentrée sur la question de l’enseignement du “genre”, il est utile de revenir sur les bases théoriques de ces “gender studies” et sur les pratiques engendrées. En effet, la tradition féministe et les études sur le genre ont depuis des décennies mis en évidence la construction de l’identité et du genre. La diffusion de ces connaissances illustre surtout la volonté de nombreux parents de ne pas imposer leur codes à leurs enfants.

 

« William wants a doll, so when he has a baby some day,/he’ll know how to dress it, put diapers on double,/ and gently caress it, to bring up a bubble,/ and care for his baby as every good father should learn to do./ William has a doll! William has a doll!/ ’Cause some day he may want to be a father, too” écrivait le compositeur Sheldon Harnick en 1974. Une chanson inspirée d’un livre pour enfant éponyme de Charlotte Zolotow (1972), une lutte contre la « straight » éducation, l’hétero-norme, où hommes et femmes sont éduqués dans des rôles différents.

Le genre peut-il être neutre ?

Identité du genre et orientation sexuelle

Dans les années 70, les féministes prennent la suite des revendications visibles de Simone de Beauvoir. Elles se focalisent sur la condition de la femme et prône une émancipation sociale et économique de la femme. Dans le même temps les mouvements LGBT se développent grâce à de multiples opérations. Aux Etats-Unis à San Francisco, Harvey Milk mène son projet politique sans occulter son homosexualité. Des missions différentes pour un message commun : reconnaître la diversité des genres et faire respecter leur « différence ».

« Différence » : ce n’est pas le terme qui plairait aux parents adeptes du « neutral parenting ». Judith Butler, philosophe féministe américaine, professeure de rhétorique et de littérature, étudie les problématiques du genre et en extrait un questionnement : « Existe-t-il, après tout, un “genre” qui pré-existe à sa codification, ou est-ce, au contraire, en étant soumis à une codification que le sujet genré émerge au sein et par l’entremise de cette modalité d’assujettissement ? ». Les normes sociales nous poussent à adopter des désirs qui ne correspondent pas à notre individualité. Pourtant la viabilité de notre individualité réside dans ces normes sociales. « Le genre est donc une norme régulatrice, mais c’est également une norme produite au service d’autres types de régulations […]la régulation implicite du genre passe par l’intermédiaire d’une régulation explicite de la sexualité. ».

Les blogs américains concernant l’éducation « neutre » de leurs petites têtes blondes se multiplient sur le net. Ces parents estiment qu’un jouet comme un camion de pompier rouge à autant sa place dans les jeux d’une petite fille que d’un petit garçon. Restent quelques interrogations de parents : libérer les enfants du genre identitaire sera-t-il bénéfique pour leur équilibre social ? Ne pas lui imposer une norme sociale n’est-ce pas le condamner à être exclu des enjeux sociaux qui se jouent autour de lui ?

En Suède un couple a élevé son enfant Pop en lui cachant la nature de son sexe. Une décision radicale qui selon eux éviterait au/à la petit/e d’avoir des idées pré conçues sur le genre. D’après Anna Nordenström, pédiatre endocrinologue à l’Institut Karolinska en Suède les effets à long terme de l’éducation neutre du genre sont imprévisibles car chacun vit son appréhension du genre et son individualité de différentes manières. Ce qu’on retient c’est que l’enfant aura sa propre vision du genre, une liberté pour ses choix à l’avenir.

 

Remettre en cause le stéréotype des genres

Si certains ont la chance de ne pas avoir à être déterminé dès le départ d’autres sont obligés de recourir aux grands moyens pour correspondre à la norme sociale. Olivier Boucreux dans son documentaire « Naître ne fille ni garçon » expose la condition des hermaphrodites, un terme connoté de mythes et qui suscite encore l’incompréhension. Chaque année quelques enfants naissent avec un sexe à la fois homme et femme. Le problème surgit quand il faut donner un prénom au nouveau-né. Pour l’état civil, les parents doivent décider du sexe de leur enfant : un choix que les médecins mettent en application par une opération de reconstruction du sexe. Des bébés de 6 mois se font ainsi imposer un sexe à la suite de lourdes opérations. C’est le prix à payer quand on ne rentre pas dans les normes sociales. Faut-il supprimer ces petites cases administratives ou admettre un temps de reconnaissance identitaire pour l’enfant ? Comment l’enfant vit-il son identité de genre avec un sexe qui pourrait ne pas y correspondre?

Les enjeux du « neutral parenting » sont considérables pour l’évolution de la condition LGBT (Lesbienne, gay, bisexuel, transexuel). Les parents participent à faire de la différence du genre un argument de la diversité et non pas une cible pour la discrimination.

 

 

SOURCES

– J. Butler, Gender Trouble : Feminism and the Subversion of the Identity, Routledge Kegan & Paul, 1990

– J. Butler, Défaire le Genre, Editions Amsterdam, Paris, 2006

– J. Picquart, Ni homme ni femme. Enquête sur l’intersexuation, La Musardine, 2009

 

— Ecrit par IDPI

Réagissez