Systèmes éducatifs : une analyse comparatiste

Le système éducatif français, modèle républicain qui se vit souvent comme étant “en péril”, cherche depuis plusieurs années la réforme miracle qui permettra de renouveler un mode de fonctionnement trop souvent critiqué. Les enseignements les plus précieux sont peut-être à trouver chez nos voisins européens.

Le système français est élitiste : la proportion de bons élèves représente 32% en France contre 28% pour la moyenne des pays de l’OCDE. On ne fustigera pas la France de bien former sa population ; on peut en revanche critiquer ce modèle sélectif et la rigidité du rôle scolaire. La sociologie de l’éducation, portée ces dernières années par P. Bourdieu et plus récemment F. Dubet, presse l’Etat de repenser un modèle scolaire jugé dépassé et écrasant. La Finlande, modèle pour la France La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? interroge Paul Robert. L’auteur propose de ne plus recourir au système de notes et de laisser le choix de certaines matières aux élèves. Il encourage à un contact moins complexé entre le professeur et l’élève. Les professeurs devraient suivre une formation pour devenir des experts en pédagogie. Dans le classement PISA, commandé par l’OCDE, la Finlande est 1ère pour la lecture, 4ème en mathématiques et 3ème en Sciences Naturelles.

Au premier rang des causes évoquées pour ce succès : l’individualisation de l’élève, en vigueur dans le système finlandais. Alors qu’en France pour le bac les élèves subissent la pression des trois ans, les finlandais apprennent à leur rythme et peuvent passer le bac au bout de deux ou quatre ans. L’objectif est d’avoir le niveau requis dans chaque matière. En France le système de note est vécu comme une sanction. Alors pour améliorer les résultats les parents n’hésitent pas à investir dans les cours particuliers. Ce soutien scolaire est supposé encourager les élèves, les remotiver, et les soutenir dans la compétition scolaire : près de 8 coréens sur 10 entrent à l’Université, leurs résultats sont exceptionnels dans les classements PISA. La pression de la réussite scolaire a conduit à la définition d’un véritable système d’éducation parallèle.

Le système de « Hakwons » en Corée propose en dehors des cours obligatoire un système d’éducation privée parallèle des cours le soir et week-end. Stress, nuit de 4 à 5 heures, et pression à la compétition sont peut-être le prix à payer pour atteindre les taux de réussite exceptionnels du système coréen ; mais en dépit de cette « attention », le mal être des jeunes coréens place le pays en tête du taux de suicidés au monde. Les cours de soutien scolaire devraient aider les élèves à retrouver la motivation.

En 2000 aux résultats de la première enquête PISA, c’est le « PISA-choc » pour l’Allemagne. Les compétences des élèves allemands plaçaient le pays à la 20ème place sur les 31 pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Le modèle allemand, axé sur le développement personnel, la souplesse des programmes, et la liberté de choisir accordée à l’enfant et à la famille reste fréquemment cité en exemple. Les enjeux de la réforme En France la proportion d’échec scolaire a augmenté de 20% entre 2000 et 2009 en même temps que la discipline a diminué. Les élèves qui n’arrivent pas à suivre perdent pied et savent qu’ils vont redoubler. Au-delà du facteur psychologique pour l’élève (non négligeable), le redoublement coûte cher à l’Etat Français. Un élève à charge nécessite 6800 euros par an, le redoublement multiplie la facture.

L’éducation Finlandaise, elle, consacre 4700 euros par élèves. Une économie possible parce que le redoublement est rare dans le système Finlandais. En France 38% des élèves ont redoublés au moins une fois alors qu’en Finlande leur taux de redoublement est de 2,8%. Un enjeu économique non négligeable quand on sait que la dette de la France ne cesse de se creuser. L’enjeu social est de taille derrière cette réforme de l’éducation. En France le milieu socio-économique des parents influence la performance obtenue. L’équité est une caractéristique centrale dans l’évaluation de PISA. D’après Eric Charbonnier, responsable du classement PISA-France, « les pays qui réussissent bien dans PISA sont ceux qui parviennent à associer bonne performance et équité sociale).

Ainsi le Canada se profile comme un modèle éducatif pour la France. 10ème place en maths et 6ème pays le mieux classé, le Canada vante la liberté des chefs d’établissements qui contrôlent l’orientation de leur budget en fonction des besoins spécifiques de l’établissement. Ce processus implique une compétition entre les écoles qui permet une bonne formation tout en garantissant une approche plus soucieuse de l’égalité entre les élèves. De nouveaux moyens pédagogiques : l’intégration des TIC Les technologies de l’information et la communication soit en voie d’intégration dans les modèles éducatifs mondiaux. Un rapport publié par l’Institut International de Planification de l’Education pour l’UNESCO relevait la diffusion des nouvelles technologies dans les établissements scolaires. L’évolution est incontournable pour garantir aux élèves une insertion dans un mode professionnel où les outils informatiques sont de plus en plus présents.

Cette intégration peut passer par une simple diversification des supports d’enseignement, en intégrant les outils multimédia, jusqu’à un réel apprentissage de l’usage personnel par les élèves des TIC, leur permettant d’acquérir et de s’approprier ces compétences supplémentaires. Hong-Kong, et plus généralement les pays d’Asie du Sud-Est font figure d’exemples dans l’appropriation des savoir-faire dans l’usage des nouvelles technologies par les élèves dès les premières années. Ces indices et ces modèles encourageants ne signifient pas nécessairement que le système éducatif français doit chambouler son fonctionnement du tout au tout ; les modèles s’enracinent dans des contextes culturels différents du cas français. Ils peuvent en revanche servir de sources d’inspiration pour proposer des alternatives à une culture éducative un peu essoufflée.

SOURCES

* Rapport de l’UNESCO : Les TIC et l’éducation dans le monde : tendances, enjeux, perspectives

* Le site du programme PISA de l’OCDE : Programme for International Student Assessment

* F. Dubet : Pourquoi changer l’école, Textuel, 1999

* F. Dubet : L’Hypocrisie scolaire, Seuil 2000

— Ecrit par IDPI

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